• Extrait du blog de Jean-Luc Mélenchon, 23/12/2013

      

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    Il me faut réduire l'affaire qui m’occupe ici à ses traits essentiels. La compagnie Texaco exploitait en Équateur, dans la région de Lago Agrio, un gisement de pétrole. Un champ dont la taille a varié au fil du temps et des arrangements avec les gouvernements successifs. Quelques tentatives de résistance de l'État ont échoué, chaque fois dans des conditions que l'on devine. Par exemple, un président de la République assez nationaliste mourut ainsi fort opportunément dans un accident d'hélicoptère au moment où il s'apprêtait à refuser le renouvellement d'une concession, audace à laquelle renonça aussitôt son successeur. Texaco fut ensuite rachetée par Chevron, une multinationale pétrolière encore plus importante. Certes, Chevron intervient après la fin de l’exploitation en Equateur, mais en responsabilité des actifs et des passifs de ce qu’elle avait achetée. Son extraordinaire agressivité depuis le prouve !

    L'exploitation se faisait dans l'Amazonie, loin des regards curieux, sous la protection d'une milice privée qui garantissait la sécurité des installations, l'ordre social et tout ce qui va avec ! Dans la zone concernée vivaient plusieurs tribus indiennes et des groupes de colons amenés là pour faire prospérer un nouveau lieu de peuplement. Pendant trente ans au total, le pétrole a coulé, la milice a maintenu l'ordre, les millions de dollars se sont accumulés, et ainsi de suite. Passons maintenant au cœur de l'affaire. L'exploitation du pétrole génère bien des déchets. D'abord, des fuites de brut lié à certaines phases de l'exploitation. Ensuite, des produits chimiques qui sont injectés à mesure que le forage s'accomplit, notamment pour empêcher les explosions. Et enfin, des remontées d’une couche d’eau qui se trouve à la surface des gisements et qui est largement chargée de métaux lourds.

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    La maîtrise de ces déchets et leur élimination fait l'objet de protocoles de travail et de méthodes très bien maîtrisées quand on le veut. Texaco les respectait pour ses exploitations aux États-Unis.

    En Équateur, il en alla tout autrement. Pour quelques dollars de plus, mais à la fin du compte il s'agit de plusieurs millions, Texaco décida de se dispenser de toutes ces règles de travail. Ce n'est donc pas d'un accident dont il est question ici, mais d'une entreprise délibérée. Texaco creusait des sortes de « piscines » dans la terre et y déversait, sans aucune isolation de protection, tous les déchets que je viens de mentionner. Les premières contaminations se sont donc faites à mesure que les liquides étaient absorbés par le sol nu au fond des piscines, vers les nappes phréatiques. Puis sous l'effet de la pluie, lorsque la « piscine » débordait et que le pétrole et les autres produits se répandaient tout autour et ruisselaient à l'infini. Ce ruissellement se trouvait aggravé par une invention à prétention bienveillante. Il s'agit de tuyaux d’écoulement des trop-pleins. Ils étaient enfoncés sous la couche superficielle de pétrole, à la hauteur où se trouvait l'eau contaminée. Ce tuyau était censé évacuer l’excès d'eau au moment des pluies, très fréquentes dans cette région, pour empêcher le pétrole lui-même de se répandre.

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    De cette façon, un ruissellement permanent a été organisé, et la diffusion de la pollution considérablement aggravée.

    Au moment de plier bagages la compagnie Texaco annonça l'existence de 160 piscines et affirma qu’elle les avait nettoyées. Un gouvernement corrompu lui en donna acte. En réalité, il est question de près de 1000 « piscines ». Et le « nettoyage » annoncé aura consisté pour l’essentiel à épandre sur les « piscines » une mince couche de terre après quelques ramassages symboliques et superficiels des déchets ! Comme beaucoup d'espèces végétales amazoniennes se contentent d'une très faible couche de terre pour étendre leurs racines, tout fut bientôt de nouveau couvert de végétation. Pour autant, le cycle de l’absorption, des débordements et des tuyauteries bienfaisantes n'était pas interrompu. La pollution a donc continué d'une façon d'autant plus dangereuse qu'elle était désormais en dehors de tout contrôle possible. A l’heure actuelle, la carte définitive des piscines n'est toujours pas établie. Je le répète : on voit bien là qu'il ne s'agit pas d'un accident mais d'une méthode délibérée. Rafael Correa, président de l'Équateur dit souvent que si la multinationale Texaco a cru pouvoir se permettre une telle pratique pendant plus de trente ans, c’est sans aucun doute parce qu'elle pensait que les indigènes seraient à jamais incapables de se retourner contre elle. Et que l'État équatorien serait pour toujours trop petit pour être de taille au combat. D’ailleurs, aujourd'hui, le budget de Texaco n’est-il pas sept fois supérieur au budget de l'État équatorien ?

    On devine les résultats d'une pollution d'une telle superficie et d'une telle durée dans le temps : malformations des nouveau-nés, intoxications en tout genre, cancer, perte de bétail, pollution de toutes les eaux souterraines et de surface ! Ce sont les citoyens des communautés indigènes et de colons qui ont fini par prendre l'initiative. Ils avaient porté l'affaire aux États-Unis, là où se trouvait le siège de Chevron. Chevron voulut au contraire que le cas fût traité devant une cour équatorienne. Sans doute comptait-elle l'influencer plus facilement qu'elle ne l'aurait fait aux États-Unis avec un dossier technique aussi lamentable… Mal lui en prit. Car, entretemps, des changements politiques substantiels s'étaient produits en Équateur, et la justice y avait gagné en indépendance. C'est donc Chevron qui fut condamné à payer 9 milliards de dollars de dédommagement aux citoyens des communautés indigènes. Il faut insister ici sur un point très sensible. Les « affectados », c'est-à-dire les personnes concernées personnellement et directement par cette pollution, ne réclament pas d'indemnités pour eux-mêmes ! Ils veulent que toute la zone soit réhabilitée écologiquement.

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    Il est alors très frappant de voir que la multinationale a répliqué en présentant une plainte aux États-Unis contre l'association des « affectados », au motif que celle-ci serait une bande organisée qui tenterait une extorsion de fonds sur la compagnie pétrolière !

    À partir de cette condamnation, l'action des protagonistes prend plusieurs directions. Les « affectados » exigent le paiement. Pour cela, notamment, ils ont engagé une action dans quatorze pays différents pour que la justice saisisse, sur les biens locaux de Chevron, les sommes dues. Cette semaine, pour la première fois, ils ont obtenu victoire au Canada ! La réplique de la multinationale a changé de cible immédiate. Elle argue du fait que le gouvernement de l'époque avait reconnu le nettoyage correct du site pour se tourner contre le gouvernement actuel. Elle lui réclame un dédommagement de 13 milliards de dollars. C'est plus de 20 % du budget annuel de l'État équatorien. Cela signifierait donc la ruine assurée ! Face à cette agression pour une affaire dans laquelle il n'était d'abord pas impliqué, l'État équatorien n'a que deux possibilités : transiger ou combattre. Transiger est une voie sans issue puisqu'elle suppose une responsabilité partagée qui n'existe pas dans ce cas et qui, en toute hypothèse, serait ruineuse. Combattre passe par un chemin de crête : d'un côté mener une bataille juridique implacable, de l'autre construire un rapport de force en interpellant l'opinion publique mondiale. C’est à la construction de ce rapport de force que j’étais appelé à participer. Il s'agissait d'aller sur le site, en Amazonie, et, à l'imitation de l'action de Rafael Corréa lui-même, mettre la main dans une de ces piscines dissimulées par une mince couche de terre et de végétaux, puis de la montrer aux caméras et aux appareils photo des médias qui acceptent de s'intéresser à l'affaire. Cette étape est franchie. Ce type de présence solidaire est d'abord un renfort local, qui permet d'amplifier la prise de conscience et la confiance en soi dans le pays lui-même.

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    C'est pourquoi j’ai accepté également d’intervenir dans de nombreux médias équatoriens pour expliquer le sens de mon geste et la signification universelle du conflit entre la multinationale, l'État équatorien et les communautés de citoyens amazoniens.

    Reste la lutte de longue durée pour amplifier la connaissance du sujet et construire la mobilisation à échelle mondiale. Il y va bien sûr de la solidarité effective avec un des pays clef de la vague démocratique de l’Amérique du sud. Et cela dans une bataille très concrète. Car la multinationale ne vise ni plus ni moins qu'à mettre à genoux le budget de l'État. Ce qui est en cause, c’est donc tout le processus que déroule la révolution citoyenne en affectant les fonds de la rente pétrolière au développement social et à l'éducation dans le pays. On ne doit jamais perdre de vue quelle puissance est en réalité la multinationale Chevron. On se souvient du nombre de ses dirigeants et affiliés qui participaient aux gouvernements et aux administrations des Bush. On connaît son rôle dans l'incitation à la guerre d'Irak puis à celle d'Afghanistan, qui avaient toutes deux une importante composante pétrolière. L'entreprise consacre des millions de dollars à l'action de ses équipes juridiques, ses services d'intelligence et ainsi de suite. Le président Rafael Corréa l’a qualifiée de « corruptrice ». De la sorte nous voyons ici la première caractéristique de ce qui nous unit aux équatoriens dans leur combat. Ces sortes de transnationales sont les puissances dominantes de notre époque. Leur budget représente des multiples de ceux de très nombreux Etats. Elles ont une influence politique directe sur leur pays d'origine autant que sur ceux qui font les frais de leur convoitise. S'y ajoute un aspect qui nous implique de nouveau très directement.

    La multinationale cite l'État et le gouvernement équatorien devant une cour d'arbitrage. Peut-être mes lecteurs ont-ils déjà bien pris acte de ce que sont ces tribunaux d'arbitrage. L'arbitrage n'est pas la justice. Car la justice est fondée sur la loi qui applique des normes, et non sur des arrangements entre le faible et le fort lorsqu'ils sont cités devant elle. Et le fondement de la loi est la souveraineté du peuple qui la formule. Cet enchaînement d'idées est bien connu. Il décrit la société démocratique par opposition à l'ordre du plus fort. Jusqu'à une date récente, les tribunaux d'arbitrage n'étaient saisis que de conflit entre les entreprises. Ils étaient donc surtout chargés de réaliser des compromis. Dès 1991, dans mon livre « à la conquête du chaos » je signalais l'émergence et le rôle croissant de ces tribunaux privés. Je pointais leurs prétentions non moins croissantes à constituer le véritable ordre international protégeant les puissances de notre temps que sont les transnationales. Pour étoffer mon argumentaire, j’avais voulu rendre compte de l'importance du nombre des cas que traitait un de ces tribunaux installés à Paris.

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    Celui-ci m'avait fait répondrequ'étant tout aussi privé que les affaires traitées, il n'avait pas m'en rendre compte, quand bien même faisais-je valoir ma qualité de parlementaire… Mais, dorénavant, ces cours s’interposent entre un Etat et une entreprise sur une base juridique autonome qu’aucun peuple ne peut valider, amender ou annuler ! L'actualité de cette question est la suivante. Dans le grand marché transatlantique, les USA comme la Commission européenne souhaitent établir que le recours en cas de litige entre les « investisseurs » et les Etats seront des tribunaux d'arbitrage et non la justice nationale des pays considérés. Le Parlement français à adopté une motion disant exactement le contraire. Mais comme elle est passée par une procédure que je résumerai avec la formule « qui ne dit mot consent », je suis certain que, le moment venu, les habitués de la capitulation seront tous là en rangs serrés pour accepter le contraire. L'engagement aux côtés des Equatoriens dans ce dossier a donc une vertu d'éducation populaire autant que deux premières salves dans une bataille à venir sous nos latitudes.

    Enfin, et peut-être surtout, l'affaire de la pollution à Lago Agrio en Équateur confronte, sur un sujet typiquement d'intérêt général humain, chacun à sa place, d'une part des communautés de citoyens, d'autre part un État démocratique et, enfin, une transnationale majeure. Les protagonistes autant que le sujet du conflit sont caractéristiques de notre temps. Ici est mis en scène un crime écologique. Mais il se présente comme un crime délibéré, à la fois contre l'écosystème et contre les droits individuels des êtres humains qui sont impliqués.

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     Le crime écologique prend ici une dimension de crime contre l'humanité, puisqu'il frappe indistinctement tout le monde dans le registre spécifique de l'identité humaine. Au cas précis, la défense du principe « pollueur/payeur » trouve une ampleur nouvelle. La multinationale Chevron est parfaitement consciente du rapport de force que nous établissons en portant cette affaire à la connaissance de tous, sans la laisser être enterrée au fond de la jungle du petit Etat équatorien. Sans doute est-ce la raison pour laquelle elle déchaîne une campagne d'image écologique dans les aéroports internationaux que je traverse… Je reviendrai bientôt, et dans ces colonnes, sur l'organisation de la campagne qui va se mettre en place en Europe où elle vient de commencer. Considérez que ces lignes sont déjà un appel. Il vous est possible de le répercuter en les extrayant pour en alerter vos propres réseaux personnels.

    Jean-Luc Mélenchon

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  • Jacques Généreux : la priorité, c’est de sauver l’Europe, pas l’euro

     

    « Hollande va à la catastrophe », dit l’économiste du Parti de Gauche qui raconte à Rue89 ce qui se passerait « si Mélenchon était Président », et lui Premier ministre.


    Jean-Luc Mélenchon et Jacques Généreux, lors d’un meeting pour les européennes, à Paris le 7 avril 2009 (BORIS HORVAT/AFP)

    Si le gouvernement français est dans une telle nasse, pensent de nombreuses personnes à gauche, c’est parce qu’il est prisonnier des règles de la zone euro, qui le privent de toute marge de manœuvre.

    C’est la conviction d’Arnaud Montebourg, de Jean-Pierre Chevènement, ou encore de Jean-Luc Mélenchon. Pourtant, sur la scène politique, seule Marine Le Pen apparaît comme celle qui pointe ouvertement le rôle de la monnaie unique dans cette crise qui se prolonge. Une situation qui n’est pas forcément très saine, car le débat sur les responsabilités de l’euro n’est pas illégitime. Il aurait pu être porté par le Parti de Gauche, mais Jean-Luc Mélenchon n’a pas osé franchir le pas, considérant que ce serait politiquement irresponsable.

    Faut-il sauver coûte que coûte l’euro ? J’ai voulu aller au fond du sujet avec l’économiste du Parti de Gauche, Jacques Généreux, professeur à Sciences-Po Paris. L’interview est longue, mais qu’on partage ou non les idées de Jacques Généreux, sa lecture intégrale est éclairante.

    1. « La gauche a tué l’Europe »
    2. Il faut changer les traités européens
    3. La monnaie contre la dette
    4. Ne pas faire de l’euro un bouc émissaire
    5. « Si tout le monde dévalue, le gain est où ? »
    6. Sortir de la crise, mode d’emploi
    7. Une autre politique au risque de sortir de l’euro

    Rue89 : Certains parlent d’un « suicide » de la gauche européenne qui aurait, en acceptant un « carcan » européen, renoncé à politique de redistribution, de régulation, de relance...

    Jacques Généreux : Ce n’est pas l’Europe qui a tué la gauche, mais l’inverse : la gauche a tué l’Europe. Elle n’a pas « accepté un carcan », elle l’a mis en place. En 1997, lors de la discussion du traité d’Amsterdam, treize pays sur quinze sont gouvernés par des social-démocrates ou des socialistes. Il existait alors un rapport de force politique qui aurait pu permettre de réorienter le projet européen vers plus de coopération, de solidarité...

    La coopération, la solidarité, c’était justement l’argument principal des partisans de la monnaie unique en 1992 – dont j’étais. A l’époque, il s’agissait de mettre fin à la spéculation sur les taux de change. Et on pensait que la monnaie unique forcerait les pays membres à aller vers plus d’harmonisation fiscale et sociale et plus de solidarité budgétaire. Le pari des progressistes était que la gauche, lorsqu’elle disposerait d’un rapport de force favorable, pourrait engager l’Europe vers cette nouvelle étape.

    Mais la réalité a été différente. Parce que dans le même temps, la nature de la gauche dans les grands partis socialistes et sociaux-démocrates s’est radicalement transformée. Le Labour en Grande-Bretagne est devenu libéral, le SPD [Parti social-démocrate d’Allemagne, ndlr] aussi, le PS en France s’est mué en parti centriste.

    Dès lors, quand la gauche se retrouve au pouvoir en 1997, il ne se passe rien : elle accepte la logique de la concurrence fiscale et sociale, la logique de la compétitivité, seule à pouvoir, selon ces partis, créer de la croissance et permettre de résister à la mondialisation.

    Ils valident la logique de Maastricht, le pacte de stabilité et le processus d’élargissement sans approfondissement préalable du fonctionnement européen – c’est-à-dire la création d’une grande zone de concurrence sauvage.

    En faisant entrer des pays avec des salaires trois ou quatre fois inférieurs, on créait un espace de compétition très dur. C’est la gauche qui a fait cela, au nom de ce qu’elle appelait « l’impératif de compétitivité ».

    Les difficultés économiques et sociales actuelles sont-elles la résultante directe de ce choix européen ?

    Oui, mais c’est un choix assumé par ce gouvernement. Quel est le grand sujet de réflexion qu’il a ouvert à son arrivée ? Le renforcement des services publics ? La lutte contre les inégalités ? Non, il a mis en place une grande commission sur la compétitivité des entreprises ! Tout est dit.

    On a là un gouvernement qui considère que dans le contexte difficile où on est, la seule marge de manœuvre fondamentale est la restauration des marges de compétitivité. C’est une approche d’une stupidité crasse : si tout le monde est compétitif, on est bien avancés.

    Ce n’est pas une stratégie coopérative, mais elle peut fonctionner si votre pays est l’un des seuls à la suivre...

    Il faut aussi être convaincu que vous allez prendre de vitesse les Brésiliens, les Indiens et les Chinois, ce qui n’est guère réaliste.

    Cela a réussi à l’Allemagne...

    Oui, mais comment a-t-elle fait ? La France ne peut pas sous-traiter une partie de sa production en Europe centrale... L’Allemagne profite à la fois de sa technologie et de leurs bas coûts de production.

    Croire qu’avec cette politique de compétitivité l’on va, en quelques mois, regagner des parts de marchés et que cela va permettre de créer des emplois est une illusion. Et si vous pensez que cela va mettre plus de temps, que faites-vous pendant ce temps-là ? Laissez-vous les boîtes fermer et les gens devenir chômeurs ? Vous enfoncez-vous dans la dépression ?

    L’autre choix du gouvernement, c’est le « sérieux budgétaire »...

    La politique de François Hollande est conforme à ses choix européens : il était en 2005 favorable au traité constitutionnel européen et farouchement opposé à ceux qui pensaient alors qu’il était temps de réorienter l’Union européenne. Il avait promis pendant sa campagne d’ajouter un volet croissance au Pacte budgétaire européen, cette couche supplémentaire de discipline européenne décidée contre la souveraineté nationale. On sait bien ce qu’il est advenu : on a ajouté le mot « croissance », validé quelques éléments de relance qui étaient déjà dans les tuyaux. Et on a ratifié un traité qui interdit de mener une politique de croissance de long terme.

    En effet, ce traité, en imposant l’équilibre structurel des finances publiques, interdit le recours à la dette pour investir. C’est à la fois une atteinte à la démocratie et une aberration économique. François Hollande pouvait refuser ce traité, mais il l’a fait ratifier.

    Pourquoi l’austérité ne fonctionne pas

    A partir du moment où on se place dans ce cadre-là, eh bien, c’est foutu. François Hollande ne peut pas recourir au déficit budgétaire à court terme, comme l’ont fait les Chinois, les Américains et bien d’autres, pour soutenir l’activité dans un premier temps, en attendant de faire des réformes structurelles à plus long terme. Pas question pour lui non plus de désobéir aux règles économiques en faisant financer la dette publique par des banques publiques. Il ne peut ni régler le problème de la croissance et de l’emploi, ni régler le problème des finances publiques [voir schéma, ndlr] : il va à la catastrophe.

    Economistes, FMI, OCDE, tout le monde le dit : si des pays formant un ensemble sont plongés dans un ralentissement économique et sont victimes d’un excès de dette publique, ils n’ont pas intérêt à utiliser tous l’assomoir de l’austérité, sauf à prendre le risque d’entrer dans un processus de dépression.

     

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  • Mercredi 13 Novembre 2013

    Eric Coquerel, Secrétaire national du Parti de Gauche

     

    Sur fond de chômage et de stagnation économique, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault poursuit une politique d’austérité catastrophique pour le pays. Pire, parce qu’identifié comme le gouvernement de la « gauche », il sème la confusion et désoriente toujours plus nos concitoyens. Cette fin d’année, marquée par le vote d’une réforme des retraites qui légitime et aggrave celle de Nicolas Sarkozy et par un budget d’austérité record, est en train d’achever ce qui reste de légitimité populaire à Jean-Marc Ayrault et François Hollande. C’est dans ce contexte qu’est survenue la « révolte » des Bonnets rouges. Constatons qu’il s’agit du premier mouvement de masse auquel le gouvernement cède. Alors que François Hollande est resté droit dans ses bottes pour refuser aux syndicats la moindre inflexion sur l’accord national interprofessionnel, la réforme des retraites ou la loi d’amnistie sociale, alors qu’aux côtés de son ministre de l’intérieur il a refusé au mouvement lycéen le moindre geste en faveur des élèves scolarisés expulsés du pays, fidèle en cela à une gestion autoritaire et à la politique du bouc émissaire, voilà qu’en quelques jours il laisse démanteler ses portiques et son écotaxe. Ce gouvernement de « gauche » a la particularité d’être compréhensif et faible avec les « pigeons », le Medef et, dans le cas des bonnets rouges, une alliance contestatrice dominée par la FNSEA , le Medef et la droite, voire le FN. A l’inverse, il se révèle dur et intransigeant avec ceux qui lui ont permis d’être là.

    Le signal donné est terrible et pourrait donner des ailes à ce type de mobilisations dans lesquelles les justes revendications des salariés pour l’emploi sont dévoyées et manipulées au service des intérêts de l’agro-business, du patronat et de visions identitaires, réactionnaires voire antirépublicaines. Il n’est d’ailleurs pas un hasard que l’extrême droite se « déguise » depuis en « bonnets rouge » que ce soit sur les Champs-Elysées pour les cérémonies du 11 novembre ou ailleurs. Le FN et ses succursales ont très bien compris le terreau que représente ce mouvement de contestation qui nie les intérêts divergents des classes au profit d’une vision corporatiste de la société. Le fascisme a pratiqué ainsi dans les années 30.

    C’est pourquoi il était essentiel que les syndicats appellent à la manifestation de Carhaix le jour même de celle de Quimper sur des bases claires de refus de l’austérité et pour l’emploi. C’est pourquoi, également, nous soutiendrons leur mobilisation du 23 novembre à Rennes. Mais il fallait aller plus loin et ne pas laisser l’extrême droite et la droite dévoyer toujours plus la colère populaire. Il revenait au Front de Gauche de proposer une initiative forte pour dire son opposition à la politique d’austérité du gouvernement, à commencer par les mesures les plus injustes de son budget. Au nom de la défense de l’impôt républicain, nous ne pouvons en effet que refuser le dispositif fiscal sur lequel est basé le budget 2014. Il est impossible d’imposer à la fois plus d’impôts injustes et d’abaisser les moyens pour les services publics et la protection sociale. Tout cela au nom d’une règle d’or imposée par Bruxelles aussi injuste que stupide et qui entraine les peuples de l’Union Européenne à la récession. Mais aussi de cadeaux au patronat puisque l’augmentation de la TVA sert à payer une partie des 20 MDS de cadeaux aux entreprises sans contrepartie décidée dans le cadre du pacte de compétitivité.

    Voilà comment est née l’idée de la marche du 1er décembre à Paris. Elle aura pour objectif le « portique » de Bercy , que nous avons baptisé « du Medef » tant la politique du gouvernement et de son bras armé en la matière qu’est le Ministère des finances sert davantage les intérêts de l’organisation patronale et de la finance que du peuple. L’initiative proposée jeudi 7 novembre par Jean-Luc Mélenchon lors d’un meeting de soutien à Francis Parny, candidat du Front de Gauche à la mairie de Garges-Lès-Gonesse et responsable communiste, est devenue depuis mardi matin (cf. sa déclaration) un appel du Front de Gauche tout entier. La marche qui partira vers 13h30 aura pour mot d’ordre « pour la révolution fiscale, pour la taxation du capital, pour l’annulation de la hausse de la TVA » . Nous voulons l’ouvrir à toutes celles et tous ceux qui refusent la politique d’austérité du gouvernement à commencer par ce budget 2014. Nous la voulons dans l’esprit de la marche du 5 mai, annonciatrice de la majorité alternative à laquelle nous aspirons. D’ailleurs elle servira également à interpeller les parlementaires qui seront alors en plein débat sur le budget pour leur dire : ne votez pas cette aggravation de l’austérité.

    La marche du 1er décembre devient donc notre objectif politique central en ce mois de novembre. Il faut la populariser, monter si possible des cadres unitaires de mobilisation allant plus loin que les seules forces du Front de Gauche en interpellant les forces politiques (EELV, NPA, socialistes critiques), syndicales et associatives avec lesquelles nous avons pris l’habitude de travailler ces derniers temps . Nous le ferons nationalement, il faut le faire dans les départements et les communes. Il est évident que cette marche s’inscrit pour le PG dans une démarche cohérente d’opposition à la politique du gouvernement qui nous amène à une prise de distance claire et à des listes autonomes des partis qui s’en reconnaissent aux élections municipales puis européennes. Dans la rue et dans les urnes, notre stratégie est la même, fidèle en cela au texte d’orientation du FDG. Marchons !

    Eric Coquerel
    Secrétaire national du Parti de Gauche

     Accéder au site "Pour la révolution fiscale"

      

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  • Communiqué du Parti de Gauche

    Samedi 26 Octobre 2013

    Par Eric Coquerel, Secrétaire national du Parti de Gauche, membre de la coordination du Front de gauche

     

    La semaine écoulée aura été de toute première importance pour le Front de Gauche.

    Elle aura mal débuté avec le choix des communistes parisiens de se rallier à la liste gouvernementale. Bien que le secrétaire national du PCF se soit engagé fortement en faveur de cette ligne, le ralliement derrière le PS a finalement été obtenu de peu (57 % contre 43 % soit 170 voix). Comment justifier que dans la capitale, l’une des composantes importantes du FDG va se retrouver derrière le PS, parti pivot de la majorité gouvernementale, au moment où François Hollande aggrave le cours antisocial de sa politique ? Au moment où Manuel Valls banalise les thèmes du FN en appliquant la politique du bouc émissaire ?

    Heureusement les électeurs du Front de Gauche et tous ceux qui contestent la politique d’austérité du gouvernement auront « leur » liste : celle menée par Danielle Simonnet. A Paris comme dans quelques autres villes, entre la ligne « de rassemblement derrière le PS » et la ligne du Front de Gauche, ce sera au peuple de trancher en mars prochain.

    Mais la bonne nouvelle de cette fin de semaine, c’est que nos camarades communistes ont eux déjà choisi très majoritairement le FDG. Ces jours-ci, Lyon à 53%, ce qui constitue une heureuse surprise, Poitiers à 53,62 %, Limoges à 61 %, Montluçon à 73 %, Metz à 85 %, Orléans et Dax à 92 % ou encore Aubenas ont rejoint la très longue liste de villes où le PCF s’engagera dans des listes autonomes. Parmi elles : Marseille, Aix en Provence, Toulon, Nice, Cannes, Avignon, Grenoble, Bordeaux, Tarbes, Pau Nîmes, Strasbourg, Dijon, Le Mans, La Roche S /Yon, Niort, Angers, Clermont Ferrand, Orléans, Cherbourg, St Lo, Rouen, Le Havre, Lille, Lens, Soissons, St Quentin, Beauvais, Arras, Montreuil, Argenteuil, Evry etc… On recense déjà largement plus d’une centaine dont presque les ¾ des villes de plus de 100 000 habitants

    Cette bonne nouvelle se double d’une autre : dans plusieurs villes, le Front de Gauche est déjà parvenu à initier des listes de large rassemblement contre la politique d’austérité du gouvernement. C’est ainsi le cas avec EE-LV à Rennes, Grenoble, Clichy La Garenne, Cholet, Hérouville St Clair….

    Le Parti de Gauche va engager toutes ses forces dans les semaines à venir pour constituer et soutenir partout en France des listes qui correspondent à la stratégie du FDG, soit clairement autonomes des listes gouvernementales.

    Au premier rang de cet engagement, Jean-Luc Mélenchon a déjà programmé de nombreux meetings et initiatives de soutien à ces listes. Les premières dates sont : 7 novembre à Garges Les Gonesse avec Francis Parny ; 12 novembre à Pau avec Olivier Dartigolles ; fin novembre à Paris avec Danielle Simonnet (date à confirmer)…

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  • On savait François Hollande atlantiste. C'est ainsi qu'il avait déjà entériné la participation au commandement intégré de l'OTAN décidée par Sarkozy, sans la moindre contre-partie.

    C'est ainsi également qu'il est resté sans réaction lorsque le monde a appris que les USA espionnent en toute impunité des particuliers de tous les pays, dont la France : n'est-il pas pourtant chargé de veiller au respect de nos droits et libertés , ouvertement bafoués par ces pratiques ?

    Mais aujourd'hui (cf. LeMonde.fr du 3/7/2013) un nouveau pas a été franchi: les autorités françaises ont refusé à l'avion du président bolivien Evo Morales, de retour de Russie, la traversée de notre espace aérien, au prétexte d'une rumeur sur l' éventuelle présence à bord d'Edward Snowden.

    Evo Morales a été ainsi contraint de faire une escale non prévue en Autriche, où il a dû passer la nuit.

    L'affront infligé au peuple bolivien à travers leur président en dit long sur le peu de considération que notre gouvernement accorde à ces exotiques contrées qui n'ont pas la chance, comme le Qatar, d'être lardées de pétrodollars.

    Non seulement François Hollande ne souhaite aucunement accorder l'asile à Edward Snowden, mais, tel un laquais empressé, il va au-devant des désirs des USA en mettant notre pays au service de l'administration américaine.

    La France vient ainsi de passer du statut "d'allié" à celui de larbin des Etats-unis. Triste jour.

    M.C.

      

     

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