• Faux clivages, vraies fractures

      Tout occupés à commenter avec gourmandise la tragédie shakespearienne qui secoue l'UMP, les médias ne perçoivent toujours pas le mouvement profond de recomposition qui travaille depuis longtemps l'ensemble du paysage politique français.

      

     

    Certes, le clivage apparent entre les 2 candidats qui s'affrontent pour la présidence de l'UMP pourrait déboucher sur une explosion de ce parti. Mais quelles sont les différences entre les propositions politiques de l'un ou de l'autre ? En dehors de quelques postures (plus ou moins "identitaire", "décomplexé" ou encore plus ou moins ferme et "régalien"...), il ne s'agit que de nuances dans la mise en oeuvre d'une même politique : austérité (sauf pour les riches...), compétitivité (sur le dos des seuls salariés), abandon des 35 heures (ils n'ont eu que 10 ans pour le faire...), stigmatisation des immigrés, recul des solidarités (rebaptisées pour l'occasion "assistanat"), démantèlement des services publics etc.

    Il n'y a plus guère de différences non plus entre l'UMP et le Front national : depuis que Nicolas Sarkozy a adopté la stratégie de son conseiller Patrick Buisson, les thématiques du FN ont été incorporées au programme de l'UMP (comme l'atteste la motion arrivée en tête "La droite forte"), au grand soulagement de la fraction la plus droitière de son électorat qui trouve enfin le réconfort moral de n'être plus stigmatisée.

    Malgré la mise en scène surjouée de JF Copé qui proclame qu'il n'y aura jamais d'alliance avec le FN, il n'y a plus entre l'UMP et le FN de différence de nature, mais seulement de degré, et une rivalité politique pour s'attirer les faveurs d'un électorat réactionnaire frappé par la crise, et à la recherche de boucs émissaires pour tenter d'exorciser son angoisse.

    Effrayée par cette extrême-droitisation de l'UMP, et atterrée par le spectacle de l'affrontement fratricide ente Fillon et Copé, la partie la plus modérée des élus et des militants de l'UMP a de bonnes chances de rejoindre le nouveau parti de Jean-Louis Borloo, l' UDI.

    Ce nouveau parti centriste ne cache pas son ambition de supplanter l'UMP pour le leadership à droite.

    Mais la perspective de s'allier pour les prochaines échéances à une UMP prisonnière de son électorat d'extrême droite risque de s' avèrer de plus en plus problématique.

    Et à gauche ? François Hollande et son gouvernement assument désormais une ligne ouvertement social-libérale : l'adoption du TSCG, non renégocié comme il l'avait pourtant promis durant la campagne électorale, le budget d'austérité qui en découle, et qui va ponctionner 60 milliards d'euros sur les dépenses publiques, puis le "pacte de compétitivité" qui offre sans contrepartie 20 milliards d'euros aux entreprises, sont les éléments concrêts qui traduisent le virage pris par François Hollande pour marcher dans les pas de Gerhard Shröder.

    En même temps, les amendements présentés par le Front de Gauche à l'Assemblée Nationale ou au Sénat, ont été systématiquement rejetés.

    Quant aux promesses de prise en compte de l'enjeu écologique, elles ont volé en éclats avec le non abandon des gaz de schistes (le problème étant abusivement réduit par le gouvernement à la question de la fracturation hydraulique), l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, (symbole du syndrome du "grand projet prestigieux, qu'importent les besoins réels et les conséquences"), la poursuite du nucléaire ou encore la fantômatique taxation écologique.

    On ne voit pas comment cette politique pourrait être compatible avec le programme du Front de Gauche : soumission aux marchés et aux traités européens d'un côté, riposte frontale et émancipation de l'autre. Austérité imposée au peuple pour tenter de réduire dette et déficit d'un côté (ce qui a partout échoué, aggravant le mal qu'on prétend soigner), de l'autre relance de l'activité pour accroître les recettes tout en améliorant la situation de la population. D'un côté, acceptation des diktats d'instances non élues (Commission Européenne, BCE, FMI) au détriment des droits du Parlement, et de l'autre, restauration et suprématie de la souveraineté populaire.

    Au PS, l'aile gauche cache de plus en plus mal son malaise : qu'ont-ils encore à partager avec un Pierre Moscovici qui annonce : "mon horizon, ce sont les marchés", ou un Président qui se dit partisan de "l'économie de l'offre" si chère aux libéraux ?

    A EELV, les militants qui quittent en masse le parti ont compris quel était le vrai  prix à payer pour l'accord signé avec le PS , et qui leur a rapporté leurs groupes parlementaires et 2 porte-feuilles ministériels : tout simplement le reniement de leurs convictions.

    Les 2 ministres EELV ont beau s'accrocher à leur fauteuil, ils savent que leur situation est en passe de devenir intenable. Leur décrochage n'est plus qu'une question de temps.

    En prévision, on prépare déjà au PS ce moment, en lançant ici ou là des passerelles destinées à trouver appui le moment venu au centre droit, c'est-à-dire à l'UDI.

    On voit donc que les "clivages" habituellement présentés par les médias, mais aussi la plupart des responsables politiques, sont d'autant plus hystérisés qu'ils sont factices : entre Fillon et Copé, entre l'UMP et le FN, entre le PS et l'UMP.

    En revanche, les vraie fractures, celles qui préludent à la dérive tectonique des plaques, sont passées sous silence ou minimisées : entre l' aile majoritaire du PS  et son aile gauche, entre le PS encore et ses alliés du moment EELV , entre le Front de Gauche et l'aile majoritaire  du PS.

    L'aile gauche du PS, mais aussi les écologistes d' EELV, devront un jour  s'avouer qu'ils ont plus de chance de voir leurs idées prises en compte avec le Front de gauche qu'avec le PS.

    Mais l'inertie du système politique et médiatique est telle que les vieux reflexes d' une pensée automatique continuent de jouer dans le confort d'un cadre familier, décor de carton pâte de plus en plus éloigné de la réalité, et sur lequel médiacrâtes et politiciens appliquent la même grille d'analyse périmée : gauche contre droite, extrême droite  et "extrême gauche" (entendre par là le Front de Gauche...) mises sur le même plan alors que tout les oppose, etc.

    Travaillons à dissiper cette illusion, pour qu'enfin les conditions d'une alternative à gauche soient réunies, et qu'on mette en oeuvre une politique à la mesure de la crise écologique, économique et politique.

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